Jules DUMONT D’URVILLE

Jules DUMONT D’URVILLE

BIOGRAPHIE

Marin par goût de l’aventure, de la technique et de la science, mais militaire par hasard, Jules Sébastien César Dumont d’Urville aura toujours beaucoup de mal à s’accommoder des contraintes de l’institution. Triple circumnavigateur, cet officier allie talents réels de marin à de grandes qualités scientifiques. Depuis le premier jour où il a découvert le paci- fique, il n’a cessé de lui consacrer sa vie et d’en faire l’unique objet de ses importantes recherches. Ajouté à cela, un rayonnement personnel et une puissante personnalité fond de ce marin un être hors du commun qui ne peut laisser in- sensible ou indifférent.

«Il avait pour maxime qu’il fallait se «servir» des uns et briser les autres et qu’il fallait arriver ici bas, aux honneurs et à la fortune en poussant devant soi ceux qui faisaient obstruction au but qu’on voulait atteindre» Lesson (Notice histo- rique sur Dumont d’Urville, Rochefort 1846)
«Dumont d’Urville ne cessera jamais, sans jamais intriguer, de se mettre en valeur, d’attirer l’attention sur son mérite et ses services, de les grossir démesurément et le plus sincèrement du monde, de réclamer comme un droit, un salaire ou une faveur. Sans demander, il s’étonne ou s’irrite qu’on ne lui accorde pas, ou pas tout de suite.» Camille Vergniol

Un marin savant – Jules Sébastien César Dumont d’Urville nait à Condé sur Noireau le 23 mai 1790. Dernier survi- vant d’une fratrie de neuf enfants, sa mère chargea son frère l’abbé de Croisilles de son éducation religieuse et clas- sique. Après sa communion, à onze ans le jeune d’Urville fut placé au collège de Bayeux, afin de déterminer la classe dans laquelle il devait être placé, l’abbé le Comte directeur du collège lui fit passer un examen. Celui-ci en présence de tous les professeurs se fit en latin. Le jeune d’Urville répondit dans cette langue à toutes les questions avec justesse et un choix d’expressions qui émerveillèrent l’auditoire, et lui valurent d’unanimes applaudissements. Il conserva l’apti- tude au langue toute sa vie, ainsi il étudia l’hébreu, apprit l’anglais, le russe et le chinois puis les langues d’Asie méri- dionale. Il était l’un des plus éminent linguiste de son siècle. En 1806 il entra au lycée impérial de Caen où il fut un brillant élève par goût plutôt que par devoir. Arrivé le temps de choisir sa carrière, le génie de Napoléon 1er planait sur l’Europe, exalté par un goût immodéré de la lecture, (botanique, histoires, récits de voyage), la marine eut naturellement sa préférence. Mais il ne voulait entrer qu’après avoir passé par l’École polytechnique, il se présenta aux examens de 1807, il répondait aux attentes des examinateurs sur la plupart des questions, il fut moins heureux sur d’autres. Les examinateurs l’engagèrent à se représenter à un second examen après avoir étudier un peu plus les matières sur lesquelles il laissait à désirer, l’assurant qu’il obtiendrait un succès certain et même brillant, s’il le voulait. Inconsolable de l’échec qu’il venait de subir, sa fierté se révolta d’un refus qu’il croyait immérité, il résolut de s’engager immédiatement dans la marine. Il fut admis en qualité de novice et embarqué à Brest, le 26 novembre 1807 sur le vaisseau l’Aqui- lon où il fut prit d’affection par le commandant Maingon, excellent marin et brillant astronome lui apprit l’astronomie, la navigation et l’usage, rare à cette époque, des montres marines. Il est rare d’avoir un élève qui pratique couramment l’Anglais, l’Allemand, l’Italien, le Russe, le Chinois et l’Hébreu, en plus du Grec et du Latin. Le 31 octobre 1808, jour où il débarqua pour passer sur le lougre le Requin, Dumont d’Urville obtenait, premier sur 72 concurrents, le grade d’aspirant de deuxième classe et deux ans après d’aspirant de première classe, conférés l’un et l’autre à la suite d’examens qui promettaient un officier d’avenir. Puis il fut affecté sur la frégate l’Amazone au Havre, après quelques que- relles avec les autres officiers subalternes, il est débarqué. C’est ainsi qu’il arrive à Toulon le 13 octobre 1810, port où il effectuera désormais l’ensemble de sa carrière. La marine ne le passionne pas et la guère encore moins. Aspirant de 1ere classe le 11 novembre 1810, il embarque sur le Suffren, la Borée, il est fait enseigne de vaisseau le 28 mai 1812, puis embarque sur le Donawert, la Ville de Marseille. C’est sur ce dernier bâtiment qu’il va se lier d’amitié avec l’aspi- rant Jacquinot, de six ans son cadet. On retrouvera les deux amis ensemble pour les trois tour du monde qu’ils effectueront . Autant l’un est arrogant, cassant, ambitieux, misanthrope, introverti, que l’autre est diplomate, accueillant, cha- leureux, ils incarnent les deux faces d’une même médaille. En 1814, la Ville de Marseille va à Palerme pour ramener d’exil la famille d’Orléans, composée alors de Louis-Phillipe d’Orléans, de sa femme Marie-Amélie et de leurs deux jeunes enfants , Ferdinand et Louise. (Napoléon 1er vient d’abdiquer et les bourbons sont restaurés). Au retour de cette expédition, il fut embarqué sur le Suffren. Dumont d’Urville, qui jusque là n’avait vécu qu’avec des livres, («Peu soi- gné dans sa mise, rebelle aux belles manières, aux plaisirs de la société, à la conversation, à la musique et à la mode» Vergniol), rencontre néanmoins la fille d’un horloger, Mademoiselle Adèle-Dorothée Pépin, jeune personne remarquable par sa beauté, son instruction et sa vertu avec qui il partage la passion de la géographie, il l’épouse le 1er mai 1815. Décidément voué aux tâches d’accompagnement des membres de la famille royale, il est affecté sur le vaisseau le Royal Louis, le temps d’aller en Italie chercher la princesse Marie-Caroline de Bourbon Sicile, qui doit épouser Charles Ferdinand, fils du futur Charles X. Singulière coïncidence, Dumont d’Urville qui devait ramener de l’exil un prince qu’une révolution devait appeler seize ans plus tard sur le trône, fut chargé de conduire hors de France et de déposer sur la terre d’exil le roi que cette même révolution avait détrôné. De retour, il embarque à bord de la gabare l’Alouette qui part pour le levant. A la fin de l’année, il est de nouveau à terre et cela pour trois années. Il emploie son temps libre à satisfaire son insatiable passion d’acquérir de nouvelles connaissances, consultant à la bibliothèque de Toulon tous les ouvrages de sciences et de littérature qu’elle refermait, il trouvait encore le temps, de prendre des leçons d’Italien et d’espagnol, tout en continuant les exercices d’anglais et d’allemand qu’il avait commencés à Brest. Il parcourait les sentiers de la Provence pour herboriser, ce qu’il l’avait toujours passionné. Affecté sur le Royal-Louis (1816) il ira cherché la princesse Marie Caroline de Bourbon Sicile qui doit épouser Charles Ferdinand (futur Charles X) puis embarque sur la gabare l’Alouette qui part en mission au Levant. De 1817 à 1819 Dumont d’Urville n’eut pas d’affectation. Il étudie l’entomologie que lui fait découvrir en 1818, le major général du port, le contre amiral Hamelin. Mé- content de cette inaction, il a été sur le point d’abandonner la marine.

En 1820 il embarque sur la gabare la Chevrette, commandée par le capitaine Gauthier, que le gouvernement avait char- gé de faire exécuter un travail d’hydrographie dans la mer noire et la partie orientale de la Méditerranée. Au cours de sa 5e mission d’hydrographie, la Chevrette fait relâche sur l’ile de Milos. Dumont d’Urville s’attribue au détriment du jeune enseigne Oliver Voutier, la gloire de la découverte de la Vénus de Milo sculptée 130 ans avant notre ère. Néanmoins, il rédige une notice descriptive qu’il confie à l’ambassadeur de France à Constantinople, grand amateur d’art. Celui-ci envoya l’un de ses secrétaires d’ambassade pour l’acquérir. Emerveillé par la beauté de l’oeuvre, il l’offrit au roi Louis XVIII, sans cacher le rôle déterminant de la personne qui lui avait signalé. En remerciement le Roi fera de Dumont d’Urville, chevalier de l’Ordre de Saint Louis. Cultivant l’ambiguïté, il se pare volontiers des lauriers de la découverte. Il reçut au mois d’aout 1821 son brevet de lieutenant de vaisseau. Lors de son séjour à Paris où il doit éla- borer les cartes de la Méditerranée, il rencontre les officiers de l’expédition Freycinet parmi lesquels se trouve Duperrey avec qui il sympathise. Il sera second de Duperrey qui commande la « Coquille » lors du voyage autour du monde (1822- 1825). À la mer, Dumont d’Urville prend facilement quelques libertés avec le règlement, il préfère culotte, chemise et chapeau de paille à son uniforme, il n’hésite pas à monter dans les hunes pour faire la vigie. Chargé des travaux de botanique et de zoologie, il rapporte un herbier de 3000 plantes et 11000 insectes qu’il présente au Muséum d’Histoire Naturelle et publie une abondante littérature comprenant pas moins de sept volumes de textes et de quatre volumes de planches.
A peine était-il revenu de son premier voyage autour du monde, que déjà il méditait un second. Promu Capitaine de frégate le 3 novembre 1825, il brule du désir de revoir les grandes terres de l’Océanie. Il communiqua son projet au ministre de la marine, en insistant sur les avantages qu’aurait pour la France une connaissance exacte des côtes de la Louisiade et de la Nouvelle-Guinée où il serait facile d’établir colonie. Il écrit «Je trouvais que rien n’était plus noble et plus digne d’une âme généreuse que de consacrer sa vie au progrès des sciences. C’est pour cela que mes goûts me poussaient plutôt vers la marine de découverte que vers la marine purement militaire… ». L’espoir de retrouver les ves- tiges de la malheureuse expédition de la Pérouse qui depuis trente sept ans est resté sans nouvelles, acheva de convaincre le ministre de la marine M. De Chabrol de la nécessité de nouvelles recherches. Le plan que venait de lui proposer Dumont d’Urville se prêtait parfaitement à ces investigations. La corvette la Coquille fut encore affectée à cette nouvelle expédition, mais sur les demande de Dumont d’Urville, elle prit le nom de l’Astrolabe, en mémoire de l’infortuné la Pérouse. Nommé commandant, Dumont d’Urville compose alors son équipage, puisant essentiellement celui-ci de marins qu’il connaissait déjà, il compléta par des officiers et des naturalistes dont il avait apprécié le mérite. Jacquinot et Lottin, qui avaient été du voyage de la Coquille, Gressien et Bertrand, qui avaient servi avec lui sous le capitaine Gaultier. Il prit pour la zoologie Quoi et Gaimard de l’expédition de Freycinet, Lesson le jeune pour la bota- nique et Sainson comme dessinateur. Il appareille de Toulon fin avril 1826, c’est jour pour jour où l’année précédente sous le nom de la Coquille, la corvette avait touché le rivage de France. Il établit la cartographie des Fidji, des îles Loyauté, des côtes néo zélandaises, des Tonga et des Moluques et répertorie et situe 200 îles méconnues. L’expédition rentre à Marseille le 25 mars 1829 après avoir retraversé l’océan Indien, rapporte de son périple 7000 plantes, 10000 spécimens d’animaux et 65 cartes. Il publie l’histoire du « Voyage pittoresque autour du Monde » en 15 volumes ; on lui doit la division géographique de l’Océanie en quatre régions, Polynésie, Micronésie, Mélanésie et Malaisie, encore utilisée de nos jours.

Voici comment Dumont d’Urville commenta «modestement» sa campagne. «Cette aventureuse campagne a surpassé toutes celles qui avaient eu lieu jusqu’alors, par la fréquence et l’immensité des périls qu’elle a courus, comme par le nombre et l’entendu des résultats obtenus en tout genre. Une volonté de fer ne m’a jamais permis de reculer devant aucun obstacle. Le parti une fois pris de périr ou de réussir m’avait mis à l’abri de toute hésitation, de toute incertitude. Vingt fois j’ai vu l’Astrolabe sur le point de se perdre, mille fois j’ai compromis l’existence de mes compagnons de voyage pour remplir l’objet de mes instructions, et durant deux années, je puis affiner que nous avons couru plus de dangers réels chaque jour que n’en offre la plus longue campagne dans la navigation ordinaire. Braves, pleins d’hon- neur, les officiers ne se dissimulaient point les dangers auxquels je les exposais journellement, mais ils gardaient le si- lence et remplissaient noblement leur tâche. De ce concert admirable d’efforts et de dévouement résulta cette masse prodigieuse de découvertes, de matériaux et d’observations que nous avons rapportés pour toutes les connaissances humaines, et dont MM de Rossel, Cuvier, Geoffroy-Saint-Hilaire, Desfontaines, est, juges savants et désintéressés, rendirent alors un compte exact».

Extrait de la notice biographique de Dumont-d’Urville par Vincendon-Dumoulin, Voyage au pôle sud, X vol, page 111 et 112.

Dumont D’Urville aux Îles Tonga

Ce fut à la suite de ce voyage que Dumont d’Urville restitua aux îles découvertes par les navigateurs européens, les noms que leur donnent les indigènes. Ainsi l’île d’Amsterdam devint Tonga-Tabou, île de Rotterdam devint Anamouka, les îles des Amis devint l’archipel des Tonga, ect … mais il donne au détroit qui coupe la Nouvelle-Zélande le nom de Cook, pour lequel il avait une haute vénération et dont il avait lu et relu les voyages. Ce système a été généralement adopté par les géographes.

A son retour Dumont d’Urville passe six ans à Paris où il travail à la publication du «voyage de l’Astrolabe». Il vit toutes les demandes de récompenses pour ses compagnons de voyage repoussées. Aigri, il ne dissipa jamais ses ressen-

timents à l’égard du gouvernement de Charles X. Dumont d’Urville n’a jamais été un homme de cour. Habitué à com- mander, il fût profondément blessé dans son amour-propre par les injustices dont il se croyait victime. Cependant, le 8 août 1829, Monsieur Hyde de Neuville, ministre de la marine sur le départ fit signer au roi son brevet de capitaine de vaisseau en ordonnant la publication du voyage de l’Astrolabe aux frais de l’État.

Il ne dissimula pas son amertume et son ressentiment envers le gouvernement lorsque lui fut préféré l’amiral Roussin au poste vacant de la section de géographie de l’académie des sciences. A partir de ce moment, on ne me revit plus ni dans aucun bureaux ministériels, ni à aucune séance de l’Académie. « Je sentis que je n’avais plus rien à attendre que du public et de la postérité. Il subit une demie disgrâce. «Mon amour de l’indépendance, mon horreur pour les intrigues, s’étaient encore accrus par les échecs que j’avais éprouvés, et que je n’attribuais qu’aux cabales dont j’étais l’objet». Il mena alors une vie casanière, laborieuse, lorsqu’éclata la révolution de 1830. Après trois jours de combat dans Paris, Charles X perdit sa couronne. Dès le 31 juillet, il alla offrir ses services au gouvernement provisoire. Le 2 août, il reçu la mission de conduire à Portsmouth Charles X et sa famille et de les y débarquer. Au Havre, il affrète deux bâtiments, le Great-Britain de 700 tonneaux et le Charles-Caroll de 400, loué à M. Patterson puis se rend à Cherbourg pour embarquer le roi déchu. Dans ces circonstances délicates, Dumont d’Urville sut concilier la fermeté du devoir avec les égards réclamés par le rang de ses passagers royaux. Trente hommes armés, devaient surveiller les capitaines et les équipages américains, à qui était laissé le soin de la manœuvre. Le départ est prévu pour quatorze heures trente, mais ultime contretemps bien saugrenu, Dumont d’Urville s’aperçut une fois sorti du port, qu’on avait pensé à tout, sauf à emporter du pain. Il en envoya chercher et louvoya en rade jusqu’à quatre heures. Dumont d’Urville eut la délicatesse durant la traversée qui dura six jours, de ne pas s’afficher en uniforme. Le Great-Britain mouilla le 17 aout 1830 à Portsmouth.

Il ne fut pas plus heureux avec le gouvernement de Juillet que celui de la restauration. A la suite des contacts qu’il établit, il propose au gouvernement français de réclamer la restitution des cendres de l’Empereur. Il quitte Paris pour Toulon où le choléra qui désolait la Provence lui ravit sa fille. Il vit dans une modeste bastide, la Juliade , son affectationd’officier de port ne correspondait ni à ses goûts, ni à ses ambitions. Il s’ennuie profondément, aussi depuis longtemps il mûrissait le plan d’un troisième voyage de circumnavigation. Plusieurs ministres de la marine se succèdent. C’est en 1837 que l’amiral Rosamel nouvellement nommé ministre de la marine approuve le projet de mission et donne l’ordre d’équiper deux corvettes l’Astrolabe et la Zélée.

Dumont D’Urville
Campagnes : A la mer, en paix 11 ans, 1 mois et 1 jour
en guerre 5 ans, 8 mois, 6 jours

Le plan de Dumont d’Urville était de continuer les recherches dans l’Océanie, principalement aux îles Salomon, en Papouasie et à Bornéo. D’étudier le détroit entre l’Australie et la Nouvelle-Guinée et de faire un gros travail de physique du globe. Le roi Louis-Phillipe ajouta de tenter d’approcher le pôle sud, il s’agissait pour Louis-Philippe de réaf- firmer la vocation maritime de la France dans cette région face aux ambitions britanniques mais également américaines.

Ce projet d’expédition souleva un concert de critiques à l’académie des sciences. Arago, le plus virulent des polémistes allait à la chambre des députés jusqu’à arguer qu’au pôle sud il n’y avait qu’un jour et une nuit de six mois !Le 11 septembre 1837, l’ « Astrolabe » et la « Zélée » appareillent de Toulon. L’expédition se dirigea vers les régions australes, par le détroit de Magellan. Il s’engage dans les glaces du 5 au 9 février 1838, « tout en admirant les courageux efforts de Cook, de Ross, de Parry au travers des glaces, je n’avais jamais ambitionné l’honneur de marcher sur leurs traces ; au contraire j’avais toujours déclaré que j’aurais préféré trois années de navigation sous le ciel embrasé des contrées équatoriales à deux mois de séjour dans les régions glaciales. ». Après un essai infructueux, l’équipe durement éprouvé, il fait escale au Chili «Le climat délicieux dont on jouit dans ce port, combiné aux soins et au régime, eut bientôt rendu la santé aux équipages». Le 29 mai 1838, il quitte Valparaiso, relâchent aux Shetland, à Talcahuano et firent voile à l’ouest, dans la direction que la Coquille avait suivie en 1823. Il visita les archipels de Manga-Reva ( îles des Gambier) , de Nouka-Hiva (Marquises), d’Otahiti (Tahiti) puis l’ile Haʻapai (Tonga) et il entra dans l’archipel des îles Viti (Fidji). Quelques années auparavant, le brick de commerce de Bordeaux la Joséphine, capitaine Débureau avait abordé une de ces îles, nommée Piva. Le capitaine et l’ensemble de son équipage furent massacrés par les naturels et firent de leurs corps un horrible festin. Dumont d’Urville entreprît de venger cette tuerie. Il fit voile ensuite vers les iles Salomon, Santa-Cruz, Guam avant de retrouver la Tasmanie. Durant sa relâche à Hobart-Town, il apprit que deux ex- péditions venaient d’être envoyés dans les mers antarctiques, l’une anglaise et l’autre américaines. Il ne voulut pas laisser à des étrangers la gloire d’y pénétrer avant le pavillon français. Le 1er janvier 1840, il appareille vers le cercle po- laire, reconnait une terre qui porte son nom, puis par 66 degrés 38 de latitude Sud et 138 degrés 21 de longitude Est, une autre terre aujourd’hui célèbre à laquelle il donne le nom de son épouse, Adélie. Dumont d’Urville commenta, «Cette désignation a pour but de perpétuer le souvenir de ma profonde reconnaissance pour ma compagne dévouée qui a su pas trois fois consentir à une séparation longue et douloureuse.» «Je jugeai que notre tâche était remplie. L’Astro- labe et la Zélée pouvaient se retirer de la lice, après avoir fourni pour leur part un contingent honorable à la géographie et à la physique.» Les équipages épuisés apprennent sans doute avec soulagement que l’expédition est sur la route du retour. Les résultats scientifiques de cette expédition furent immense. Découverte de terres nouvelles, travaux géographique, de navigation, observation de physique et de météorologie. Etudes de moeurs et de races, recherches d’histoire naturelle. Durant son absence , la mort avait encore endeuillée sa famille, il ne retrouva plus à son retour que le fils qu’il avait laissé nourrisson à son départ. C’était le troisième enfant qu’il perdait, il semblait que «chacune de ses expé- ditions dut avoir son deuil , comme chacune avait eu sa gloire» (Éloge par Roberge).

Dumont d’Urville venait d’accomplir, comme Cook trois voyages autour du monde. Il venait de mettre son nom parmi les plus grands navigateurs. Les naturalistes et les ethnographes le réclamaient comme une de leurs principales célébrités. Le gouvernement Français si satisfait des résultats de l’expédition offrit 15 000 francs or que les 130 survivants de l’expédition se partagèrent. En décembre 1840, il reçoit la médaille d’or de la Société de Géographie. Alors vieux avant l’âge , il sentait depuis longtemps ses forces diminuer. Les fatigues avaient peu à peu miné sa consti- tution robuste. Il dit à un de ses compagnon de voyage M. Materer «Mon ami, je suis un homme fini, un être usé. Je sens que je n’ai plus longtemps à rester dans ce monde, mais ce qui me console, c’est que je mourrai avec la douce satisfaction de n’avoir jamais fait de mal à personne, et que mon nom ne sera peut-être pas oublié dans les fastes de notre histoire maritime.»

Un mois après sont retour à Toulon, il reçu le brevet de contre-amiral. Ce ne fut qu’au milieu de l’année 1841 qu’il put venir à Paris, il logea dans un hôtel situé rue Jean Bart, à deux pas du jardin du Luxembourg et se mit à travailler avec ardeur à la publication de son ouvrage. L’année 1841 vit paraitre le 1er tome et la première partie du second était terminée lorsque arriva la catastrophe qui mit fin à sa vie. Le 8 mai 1842, on célébrait à Versailles la fête du roi. Avec sa femme et son fils, ils voulurent jouir du spectacle de la fête et d’une splendide journée de printemps. A cinq heures et demi du soir, la famille reprit la route de Paris par le chemin de fer. Ils se placèrent dans un des premiers wagons qui bientôt s’élancèrent entrainé par la puissance de deux locomotives. Entre la station de Bellevue et celle de Meudon, un des essieux de la première locomotive se rompit, elle s’arrêta subitement, la seconde se renversa sur elle et toutes les deux causèrent un violent incendie où s’encastrèrent l’un après l’autre cinq wagons remplis de voyageurs.

Ses obsèques furent célébrés le 16 mai à l’église Saint Sulpice. Toutes les notabilités de la marine et de la science étaient présentes. Le deuil était conduit par Hombron, chirurgien major de l’Astrolabe et Vincendon-Dumoulin ingé- nieur-hydrographe de l’expédition au pôle sud. Monsieur Villemain, ministre de l’instruction publique, tenait un des cordons du poêle (marcher derrière le cercueil), les contre-amiraux Labretonnière et Beautemps-Beaupré et Monsieur de Jussieu suivaient. L’amiral Duperré ministre de la marine, tous les amiraux et les officiers de marine présents à Paris, le secrétaire général et la plupart des chefs et des employés de ce département assistaient au convoi. Les professeurs et élèves du collège Louis-le-Grand accompagnaient les restes de leur jeune et infortuné condisciple de 14 ans.

Sources : Service éducatif des archives départementales de la Manche – Octobre 2014, René Gautier, Dictionnaire des personnages remarquables de la Manche, Mémoires de l’académie royale de Caen 1845, Le Troisième voyage de cir-cumnavigation de J.S.C. Dumont d’Urville, 1837-1840, thèse de 3e cycle de Couturaud Christian,

Embarqué : Aspirant de 1ere classe sur le Suffren mai-juin 1812
Enseigne sur le Borée, 1er juillet/16 novembre 1812
sur la Ville de Marseille 17 et 18 novembre 1812
sur le Donauwerth 19 novembre/31 décembre 1812
sur le Royal-Louis 29 avril/4 juillet 1816
sur l’Alouette 5 juillet 1816/22 mars 1819
sur la Chevrette 23 mars 1819/21 juin 1822
Lieutenant de vaisseau puis capitaine de frégate :
A commandé, en second la Coquille 22 Juin 1822/27 mars 1826
A commandé l’Astrolabe du 28 mars 1826/8 avril 1829
A commandé l’Astrolabe du 13 juin 1837/1er Juin 1841
nommé Contre-Amiral le 6 septembre 1841

Source : Dumont D’Urville par Camille Vergniol


Adèle Dumont d’Urville, sa femme

Adèle Dumont D’Urville

Adèle Dumont d’Urville est née le 9 mai 1798 dans la famille de Jo- seph-Marie Pépin, opticien et horloger de Marine. C’est à l’âge de 16 ans, dans la boutique de ce dernier, rue de la république (face aux quais), qu’elle rencontre son futur mari. D’une vivacité toute méridionale, Adèle est une jeune fille d’une grande beauté, passionnée, rayonnante, vive, pleine d’imagination et de gaité. D’une instruction rare à son époque, elle a pour passion la géographie, les récits de grand voyage. Dumont d’Urville a épousé Adèle-Dorothée Pépin, le 1er mai 1815 à la mairie de Toulon. Ils ont eu au moins quatre enfants mais aucun n’a survécu jusqu’à l’âge adulte. Plus tard, Adèle a acheté une bastide avec un jardin (la Juliade) à St Roch, près de Toulon. Elle est morte avec son mari et leur fils Jules dans la catastrophe ferroviaire de Meudon le 8 mai 1842. Ils ont été enterrés au cimetière du Montparnasse à Paris.

Son fils, Jules Dumont D’Urville – Tous les témoignages l’attestent, le fils de Dumont D’Urville est un enfant prodige. Il eut pour unique précepteur, son père, «qui avait fait de lui à l’âge de six ans, un phénomène de science, à cause de son application constante à l’étude et de la variété de ses connaissances. A huit ans et demi , il traduisait Homère, Virgile et étudiait l’arabe et le chinois». Que le jeune d’Urville ait avancé vite en l’étude du latin et du grec, cela peut signifier qu’il tenait de son père le «don» des langues, et aussi, que ce père ne lui laissait guère de loisirs. D’Urville appliqua à l’instruction de son fils sa méthode et sa sévérité accoutumées. Nulle trace de récréation ni de vacances … Le stimulant sans trêve , Jules d’Urville fut un écolier-lauréat et garda le premier rang de sa casse au collège Louis-le-Grand. Il se préparait à l’école Polytechnique …

Sources : Testament de d’Urville, notes du commissaire Malcor, ancien camarade de collège du dernier fils de Dumont d’Urville -Le Troisième voyage de circumnavigation de J.S.C. Dumont d’Urville, 1837-1840, thèse de 3e cycle de Couturaud Christian – Dumont d’Urville, Camille Vergionl