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Auteur : DumontdUrville

Ses trois circumnavigations (2)

Ses trois circumnavigations (2)

Voyage autour du monde exécuté par ordre du roi (1826-1829)

  • Jules Dumont d’Urville (1790-1842) Capitaine de Frégate, Commandant
  • Charles Hector Jacquinot (1796-1879) Lieutenant de vaisseau, Second, chargé du détail, c’est lui qui en- formation des élèves au cours de la campagne.
  • Jean René Constant Quoy (1790-1869) Professeur et naturaliste
  • Joseph Paul Gaimard (1796-1858) Chirurgien-major et naturaliste
  • Pierre Adolphe Lesson (1805-1888) Pharmacien-botaniste, Chirurgien de 3e classe
  • Victor Charles Lottin : Enseigne de vaisseau
  • Victor Amédée Gressien : Enseigne de vaisseau
  • Pierre Edouard Guilbert : Enseigne de vaisseau, le cadet des enseignes, un Breton de 25 ans. Louis
  • Auguste de Sainson (1801-1887) Peintre
  • Barthélemy Lauvergne (1805-1871) Dessinateur et secrétaire de Dumont d’Urville
  • François Esprit Bertrand : Commis aux revues
  • Édouard Pâris : Élève de 1ere classe, chargé plus particulièrement de l’hydrographie.
  • Henri Faraguet : Élève de 1ere classe, le plus âgé des élèves (24 ans), est issu de l’École polytechnique.
  • Esprit Justin Gustave Girard-Dudemaine : Élève de 2e classe, le benjamin de l’état- major, il fête ses dix-neuf ans quelques jours après le départ.

Itinéraire
Le 22 avril 1826, Tentative d’appareillage inutile. Obligés de mouiller devant le creux St-Goerges,
Le 24 avril, les quatre nouveaux thermométrographes arrivent de Paris,
Départ du Toulon, le 25 avril 1826 à 8 heures du matin, le soir on met à la cape
En vue de Minorque le 27 avril, première expérience du thermométrographe,
Mouillage dans la rade de Gibraltar, du 21 mai au 6 juin 1826, la corvette a chassée dans une risée, pêche abondante de maquereaux à la ligne, plusieurs bâtiments viennent mouiller près de nous, toujours vents contraires, nous faisons voile puis nous sommes contraints de revenir au mouillage, près de nous un navire tombe sur un autre et lui fait des avaries,
Mouillage à Santa-Cruz (Ile Teneriffe), du 14 au 22 Juin 1826, on retaille le grand hunier, embarqué du bois à bruler et 880 litres de vin de pays, les hommes de l’équipage ont lavé leur linge, une chaloupe du port a apporté trois tonneaux d’eau, on a garni les huniers de rechange,
Mouillage de la Praya (île du Cap Vert) , le 29 juin, les matelots lavent leur linge à l’eau de pluie,

Le 20 juillet, on passe la ligne entre trois et quatre heures du matin, Au large de l’ile de la Trinité (petit archipel brésilien à l’est du continent sud-américain), le 31 juillet 1826, on fait la géographie de cette ile,

Le 2 aout , on passe le tropique du Capricorne, ridé le gréement, le premier albatros paraît, les grosses mers commencent, la corvette fatigue beaucoup,

Le 15 aout, coup de vent qui nous force à mettre à la cape,
Le 28 aout, l’équipage est mis aux trois quarts, tempête épouvantable, mer monstrueuse, roulis très fatiguant,

Passe le cap des aiguilles (passage de l’océan atlantique et l’océan indien, au sud de la ville du Cap, Afrique du Sud) le 31 aout 1826,

En vue du cap Leuwin (Australie), le 5 octobre, la température s’élève beaucoup,
Du 7 au 25 octobre 1826 (Après 108 jours de mer) Mouillage Port du roi Georges, (Sud de l’ Australie), l’Astrolabe est affourchée, on découvre une aiguiade, les tentes sont dressées à terre, vu un phoque et deux baleines près de la corvette, un naturel a passé la journée à bord, un canot monté par huit anglais vient à bord, trois de ces hommes sont embarqués, on visite la rivière des Français, la forge est installé à terre, M. Gressien travail au plan du havre de la Princesse- Royale, les Anglais amènent deux femmes de la Tasmanie, l’équipage est occupé au gréement,

Le 11 novembre Détroit de Bass, exploration des iles du détroit près le cap Wilson,
Mouillage Port Western, (Australie) du 12 au 19 novembre 1826, visite des pêcheurs de phoques, le grand canot jette la seine et fait une pêche médiocre,
Mouillage Baie de Jarvis , du 26 au 28 novembre 1826, tous les officiers sont occupés à lever le plan de la baie, pêche extrêmement abondante à la seine et à la ligne,
Mouillage du Port Jackson (Australie) du 2 au 19 décembre 1826, l’équipage se repose, on noircit le gréement, embarqué de l’eau et du biscuit, changé un cordage pourri, embarqué les légumes, du rum et la salaison, pluie abonnante après une sécheresse absolue de plusieurs mois, ridé le gréement, embarqué le bois à bruler, on peint la mâture, on embarque une chaîne de fer, L’Astrolabe quitte alors les eaux australiennes et met le cap sur la Nouvelle-Zélande.

Le 23 décembre 1826, en mer, bon nombre de baleines et de marsouins, Cap Foul-Wind, 10 Janvier «On commence les travaux de géographiques de la Nouvelle-Zélande

Mouillage baie de Tasman (Nouvelle-Zélande) du 14 au 15 janvier 1827,
Mouillage de l’anse de l’Astrolabe, du 16 au 21 janvier 1827, trois pirogues pleines de naturels viennent à bord, toute l’eau consommée a été remplacée, l’anse des Torrents est exploré, trois personnes de l’état-major passent la nuit avec les sauvages, M. Jacquinot termine les observations relatives à la marche des montres.

Le 22 et 23 janvier, baie de Tasman (Nouvelle-Zélande), on passe une nuit pénible devant la baie de Croisilles, on mouille à l’entrée du bassin des courants après avoir couru divers dangers, divers travaux scientifiques sont exécutés.

Détroit de Cook, le 28 janvier, efforts périlleux pour sortir du bassin des courants.
Mouillage le 29 janvier, baie Inutile, l’Astrolabe poursuit l’exploration d’Ika-na-Mawi, plusieurs feux à la côte,

Dans la baie Houa-Houa , le 5 février 1827, remis à la voile à 6 h du soir. (Nouvelle-Zélande), une grande pirogue de Toko-Malou vient à bord, du 9 et 15 février 1827, sur la côte de l’île Ika-Na-Mawi, coup de vent furieux qui oblige à mettre à la cape, la corvette fatigue beaucoup.

Le 16 février, l’ ouragan qui fait courir les plus grands dangers à la mission. Le 22 février, Mouillage de Wangari, visite des naturels, du 25 au 26 février, Mouillage devant Koreha, plusieurs officiers vont reconnaître la baie Manoskea, on pêche plus de 400 dorades à la ligne.

Le 3 mars, on sort de la baie Shouraki,
Le 4 mars, près des iles Tahiti-Rahi, vu une flottille de 30 pirogues de guerre,

Le 9 mars, devant Sandy Baie, une pirogue apporte six cochons, du 12 au 20 mars, Mouillage de la Baie des Iles, les naturels viennent à bord, visite aux missionnaires de Pahia. On fait de l’eau et le bois, excursion vers la forêt de Kawa-Kawa. Tous les matelots ont été laver leur linge à l’Aiguade. Le 26 mars, six malades, grosses houles qui fait rouler l’Astrolabe panne sur panne,

Le 24 mars, on quitte enfin les funestes brisants.
Mouillage de Pangaï-Modou, le 26 mars, grand nombre de pirogues.
Le 28 mars, les montres, cartes et journaux sont ramenés à bord, on a rapporté une ancre et un câble laissées près des récifs.

Le 1 avril, coup de vent, une baignoire est emportée par une lame.
Le 18 avril, eau à toute vue, plusieurs requins suivent le navire, trois sont capturés.

Le 20 avril, près des récifs de Tonga-Tabou, la corvette tombe sur les brisants et ne peut pas s’en écarter, ancres et grelins perdus. Montres marines et autres objets expédiés à terre, veine tentative qui n’aboutit qu’à rejeter la corvette sur le récif. Efforts inutiles pour recouvrer las ancres perdues.

l’Astrolabe sur les récifs de Tonga Tapou, situation illustrée de manière spectaculaire par de Sainson

du 1er au 12 mai, les hommes d’équipage lavent leur linge et leurs hamacs, on commence les observations astrono- miques, visite aux missionnaires établis à Hifo, grand nombre de pirogue autour de la corvette, la chaloupe et le grand canot vont à la recherche des ancres à jet, ils reviennent sans avoir rien trouvé. On va reconnaitre la passe nord, l’état- major rend visite à Palou,
Le 13 et 14 mai, les naturels enlèvent un canot et onze hommes, combats, M Faraguet est renvoyé, pourparlers. Mouillage devant Mafanga, le 15 mai, nouveaux pièges des sauvages,
Le 16 mai, 54 coups de canon sont tirés sur Mafanga,
Le 17 mai, mauvais temps, on tire de nouveau 17 coups de canon.
Le 18, très mauvais temps qui met la corvette en danger.
Le 19 mai, les naturels demandent la paix,
Sur la rade au large, le 20 mai, les prisonniers sont rendus. L’Astrolabe s’éloigne de Mafanga.
Le 23 en vue de Hounga-Tonga, sept hommes hors de service pour maladies ou blessures, grand vent et grosses lames. Le 5 juin, sur la côte de Viti-Levou,(archipel Viti) mauvais temps, la corvette est exposée au danger les plus imminent, Le 15 juin, devant l’ile Britannia, on commence l’exploration des iles Loyalty, vu des fumées sur l’ile Demolard, explo- ration de l’ile Chabrol, cinq pirogues en vue, découverte de deux récifs inconnus,
En vue de l’ile Huon, le 22 juin, exploration de l’extrémité du récif de la Nouvelle-Calédonie,
En vue de l’ile Adèle, le 30 juin, on découvre l’ile Adèle, on fixe la position du cap de la Délivrance,
Mouillage du Havre Carteret, le 5 juillet,
du 6 au 19 juillet , l’Astrolabe est amarrée sous l’ile Cocos, on commence à faire de l’eau, les naturels se montrent et deux viennent à bord, exécute quelques réparations dans le gréement, les matelots ont lavé leur linge à l’aiguade, la forge installé à terre est rapportée à bord, les officiers donnent la chasse à un caïman, la chaloupe est tirée à terre pour la réparer,
Le 31 juillet, l’Astrolabe a failli tomber sur un brisant,
Le 2 aout , devant le détroit de Dampier , l’Astrolabe touche deux fois et poursuit sa route,
Le 11 aout, devant l’anse de l’Attaque, une vingtaine de pirogues témoignent des intentions hostiles,
Mouillage de Doreï, du 25 aout au 6 septembre , les naturels viennent en foule à bord, les sauvages apportent du pois- son et un petit sanglier, on fait du bois et de l’eau, visite aux cabanes des Arfakis, les naturels continuent de commercer avec nous, la seine a donné une pêche abondante, le 5 septembre, un français est blessé par une flèche, alarme générale, Le 22 septembre, entre Amboine et Amblou, un canot monté par des Malais vient nous reconnaitre,

Mouillage d’Amboine, du 24 septembre au 11 octobre , visites aux divers autorités, les ancres et grelins de remplacement sont choisis et embarqués, trois des naufragés recueillis à Laguemba débarquent, la chaloupe a été faire de l’eau, le biscuit et le riz ont été remplacés, l’équipage a ridé le gréement, le rum est embarqué, les officiers assistent à une noce chinoise,
Le 19 octobre, en mer, pris un requin dont le flanc avait été percé par un aiguillon de raie, roulis et chaleur insupportables,
Le 25 octobre, en mer , il ne reste plus que cinq malades au poste, expérience de thermométrographe,

Le 4 novembre, en mer, il ne reste que deux malades à bord,
Le 19 novembre, en mer, cherche vainement les iles Tryals, vu quelques poissons volants, et troupe de petits marsouins à flancs blanchâtres,
Le 26 novembre, en mer, 68 boites de poules braisées sont encore jetées à la mer,

Le 29 novembre, en mer, le maître charpentier Béringuier expire,
Le 8 décembre, en mer, nous faisons régulièrement de 50 à 55 lieues par jour,

Mouillage dans le canal d’Entrecasteaux, du 16 et 17 décembre, effort inutiles pour atteindre Hobart,
Mouillage de Hobart-Town, devant la ville du 20 décembre au 5 janvier 1828 , on commence tous les travaux urgents, deux mois de soldes sont payés à tout l’équipage, jour de repos, renseignement sur la découverte de M. Dillon, fête de Noel , deux nouvelles ancres à jet et une petite chaine sont embarquées, tout le biscuit de campagne est apporté, rapport expédié au ministre sur toutes les opérations du voyage, un jeune indigène nommé Harry est embarqué, excursion au sommet de la montagne de la Table, visites d’adieux, on a desaffourché,

Le 11 janvier, quelques personnes malades de la fièvre,
Le 20 janvier , en vue de l’ile Norfolk, on a pris un très gros requin, une longue houle de nord commence à s’établir, remis en place les filets d’abordage,
Le 14 février, devant Vanikoro, un officier va dans un canot chercher un mouillage,

Mouillage d’icili (Vanikoro), du 21 au 29 février, les naturels viennent à bord mais n’apportent point de vivres, le grand canot fait le tour entier de l’ile, MM Jacquinot et Lottin ont découvert le lieu du naufrage, le bois a bruler a été complété,
Mouillé sur la baie de Manevai, du 1er au 17 mars, la corvette est affourchée devant la rivière Mangadai, la chaloupe et la baleinière vont sur le récifs du naufrage, chaleur humide et malfaisante, les deux embarcations rapportent un canon, une ancre et divers autres objets du naufrage, la fièvre commence à se déclarer, les travaux du mausolée sont commencés, nos 5 passagers de Tikopia repartent pour leur ile, déjà huit hommes sont attaqués par la fièvre, M. Gressin sonde la passe du N.E, les naturels se montrent plus insolents,

Le 14 mars, inauguration du mausolée érigé en mémoire de Lapérousse et de ses compagnons, on dérape mais il faut mouiller de nouveau sur la baie,

Le 16 mars, quarante hommes sont hors de service,
Le 20 mars, en mer, on décide à faire route sur Port-jackson, l’Astrolabe ne fait guère que rouler bord sur bord,

Le 26 mars, en mer, on se décide à faire route pour Gouaban,
Le 28 mars, en mer, l’équipage est réduit à l’état le plus pitoyable, presque tous les officiers sont hors de service,

Le 6 avril, en mer, dans un grain, la vergue du perroquet de fougue rompt, on lui subtilise la vergue du grand perroquet, Le 18 avril, l’Astrolabe passe au nord de l’équateur, l’état des malades s’améliore sensiblement,

Mouillage d’Umata,(île Gouam, territoire des États-Unis), du 2 au 30 mai, l’Astrolabe est solidement amarrée sur quatre ancres, les malades sont transportés à terre, trois pirogues de Carolins apportent des présents du gouverneur, 41 sont maintenant à l’hôpital , on continue à embarquer le bois à bruler, on continue la réparation des voiles, les malades sont rapporté à bord, on réussit à repêcher une ancre dont le câble avait rompu,

Le 8 juin, en vue d’Angour (archipel des îles des Carolines) , on ne compte plus que 18 malades au poste, Le 19 juin, devant le cap de Bonne-Espérance , la dysenterie se déclare à bord,

Mouillage de Caïeli (Moluques ), du 30 juin au 6 juillet , plusieurs personnes sont reprises par les fièvre, Maille expire, danse nationales le soir chez le résident, les naturels ont apporté des cerfs, le grand hunier a été condamné,

Mouillage d’Amboine, du 10 au 19 juillet , visites aux autorités, réception de café, de sucre et les planches de rechange, une chaloupe du port a apporté deux charges d’eau, revue des troupes de la colonie et bal donné au gouverneur, embarqué deux boeufs vivants, visites d’adieux aux autorités,
Le 20 juillet, devant Bourou, les travaux hydrographiques recommencent, la dysenterie règne toujours dans l’équipage,

Mouillage de Manado (mer des Moluques), du 27 juillet au 4 aout , le matelot Fabry expire, plusieurs officiers partent pour le lac Tondano, l’enseigne Pâris travaille à lever le plan de la baie, mort du contre-maître Vignale,

Le 12 aout, en mer, on traverse encore une fois l’équateur, l’aide-calfat Richaud succombe à la dysenterie, on fait le recensement des objets d’industrie sauvage, l’Astrolabe arrêtée par les calmes, vu plusieurs baleines, marsouins, thons, bonites et oiseaux de mer,

Dans le détroit de Salayer (mer de java), le 24 aout, l’Astrolabe file avec rapidité, un beau clair de lune nous accom- pagne durant la nuit,

Mouillage de Batavia, du 29 aout au 2 septembre, un canot hollandais vient à bord, promenade dans la ville, visites aux autorités, un long rapport sur les opérations du voyage est expédié au ministre, on embarque un boeuf,

Mouillage d’Agent, du 5 au 7 septembre, excursion à la plage, achat de vivres, reçu quatre buffles, du bois, de l’eau et quelques légumes,

Le 19 septembre, en mer, on ne voit ni poissons, ni oiseaux, onze malades au poste, lames énormes du sud, faisons bonne route, le matelot Gemier meurt de la dysenterie,

Le 27 septembre, en vue de Rodrigue, le matelot Gratlen expire, nous filons vent arrière,
Mouillage du Trou-Faufaron, du 29 septembre au 18 novembre, visite des officiers de santé et de la douane, les malades sont transportés à l’hôpital, l’équipage travaille au gréement, un navire anglais se perd sur les brisants du Mapou, une chambre est louée en ville pour les travaux des officiers, un bordage pourri est remplacé, la moitié de l’équipage va en ville en permission, la chaloupe est tirée à terre pour être réparée, les malades vont mieux, on travail au gréement, la corvette la Bayonnaise mouille sur la rade, les étais et haubans des bas-mâts sont ridés, on travaille aux trelingages, les enfléchures sont refaites, on noircit le gréement, nous apprenons l’arrivée à Paris des envois faits de Port-Jackson, on continu le ridage, visite du commodore Skipsey commandant de la division anglaise, salves par les forts et vaisseaux anglais, on peint l’extérieur de la corvette, gratté le pont et nettoyage de la corvette, coûte de canots en rade, les malades restés à l’hôpital sont ramenés à bord,

Mouillage de St Denis (ile bourbon) du 20 au 24 novembre, onze malades sont envoyés à l’hôpital, M.Gaimard reste à Bourbon pour cause de maladie,

Le 25 novembre, en mer, une des chaines des grands porte-haubans a rompue,
Mouillage de la baie de la Table (le Cap, Afrique du Sud), du 23 décembre au 2 janvier 1829, le Madagascar et la Zélée sont en rade, visites aux autorités, une bourrasque nous chasse du mouillage,
Mouillage de James-Town (ile de Saint-Hélène) du 15 au 17 janvier, plusieurs officiers vont à Long-Wood,

Mouillage de Sandy-Bay (ile de Saint-Hélène) du 23 au 28 janvier, visite aux officiers de la garnison, l’équipage pêche à la ligne une grande quantité de poissons, visite des officiers de la garnison,

Le 2 février, en mer, on repasse au nord de la ligne pour la dernière fois,
Le 8 février, le vent alité a cessé, l’Astrolabe est immobile, pris un requin et plusieurs bonites, chaleur insupportable,

Le 15 février, nous rencontrons l’alizé du N.E, on commence à marcher un peu,
Dans le détroit de Gibraltar, le 16 mars, coup de vent qui nous met en danger, une foule de navires nous environnent, nous prolongeons de près la cote d’Espagne, Mouillage de Marseille, du 25 mars au 2 avril,

Arrivé à Toulon le 2 avril à 7heures du soir, nous allons sur le champs mouiller en petite rade.

Source : Voyage de découvertes de l’Astrolabe, durant les années 1826,1827,1828 et 1829, observations nautiques.

La Corvette

« C’était un petit navire de 31m,50, bien assorti aux voyages dangereux, en ce qu’il se comportait bien à la mer, ne tirait pas trop d’eau et avait la chance de pouvoir sauver son équipage dans ses chaloupes, en cas de naufrage. Il était un de nos premiers navires pourvus de caisses à eau en tôle, ce qui contribua beaucoup à la santé de l’équipage jusqu’à Vanikoro. » Bulletin de la société de Géographie, 9, 2e trimestre 1888, p. 191208. Malgré les restrictions budgétaires, (les indemnités de guerre imposaient au gouvernement de strictes économies). Un équipement scientifique exceptionnel pour l’époque fut embarqué. Le Muséum a envoyé les instruments pour l’histoire naturelle, le Dépôt de la Marine a fourni le matériel d’hydrographie et de physique du globe et surtout les montres marines, indispensables pour déterminer précisément les longitudes. Ces dernières étant les objets les plus précieux du navire étaient confiées à la garde constante et exclusive d’un officier. L’Astrolabe compte alors près de 80 hommes, état-major compris. À bord, les responsabilités scientifiques ont été attribuées par le commandant dès le départ en fonction des compétences de chacun.

Jacquinot, le second, est l’astronome du bord, c’est à lui que sont confiées les montres marines et les observations de latitude et de longitude nécessaires au positionnement du navire et à la construction des cartes. Lottin et Faraguet sont chargés des travaux de physique. Dumont d’Urville tient à ce que tous les autres officiers et élèves secondent ces deux messieurs dans leurs travaux et se préparent à les remplacer lorsqu’il en sera besoin. Les sciences naturelles sont répartit entre Lesson pour la botanique, Gaimard et d’Urville pour la linguistique, Quoy et Gaimard pour l’anatomie et l’ethnologie, le dessinateur Sainson pour la physionomie. À la différence du reste de l’état-major, les naturalistes Quoy,

Gaimard et Lesson ne sont pas tenus au service du bord. Les opérations hydrographiques sont confiées à tour de rôle aux officiers, chacun est assisté d’un élève. L’étude des peuples sauvages constitue l’un des volets des recherches des naturalistes. Dumont d’Urville est l’un des rares officiers de marine à s’intéresser de si près aux peuplements et aux différences de peuplement dans les îles de l’océan Pacifique. On ignore souvent que le découpage actuel de l’Océanie a été établit par Dumont d’Urville. En se fondant sur des critères de «races», géographiques et ethnologiques. Il subdivise le Grand Océan en quatre régions, la Polynésie peuple parlant la même langue et formant la première division de la race cuivrée, la Micronésie, qui comprend la seconde division de la « race cuivrée» composée que d’îles très petites, la Malaisie, «îles communément connues sous le nom d’îles orientales», et enfin la Mélanésie «formée par les grandes îles de la Nouvelle-Hollande et toutes les terres qui l’environnent», «patrie de la race noire océanienne». Le terme « race » s’emploie encore à la manière du XVIIIe siècle, comme synonyme de peuple.

Carte de Dumont d’Urville divisant le grand océan, Polynésie, Micronésie, Malaisie et Mélanésie.

Chaque officier participe à l’inventaire du monde non pas suivant ses connaissances ou ses affinités mais selon son quart, ce qui permet une observation en continu, les officiers se succédant sans interruption sur la dunette. La corvette est très vite confrontée au « péril des tempêtes ». Début septembre 1826, lors d’un fort et long coup de vent au cours duquel le poste des élèves se retrouve inondé, un gabier tombe à la mer et se noie. De tels accidents ne sont pas excep- tionnels, surtout pour des hommes qui se hissent quotidiennement dans la mâture, mais elle marque néanmoins tout l’équipage et ne peut qu’affecter les élèves qui fréquentent les gabiers dans les hunes et savent mieux que quiconque le risque que ces hommes courent en équilibre dans les vergues. Le « péril des amours » touche essentiellement les mate- lots qui succombent aux charmes des insulaires, mais le « péril des récifs » menace fréquemment l’ensemble de l’équi- page et agit comme un révélateur des qualités et défauts de chacun. L’Astrolabe réagit bien à ses échouages et talon- nages successifs. Les échouages sont des événements formateurs par la nécessaire technicité des gestes et des ma- nœuvres qui sont répétées sans relâche : élinguer un grelin, poser une ancre, hâler la corvette dessus, sonder, estimer la force des vents et des courants, autant de fonctions dans lesquelles l’élève Pâris excelle et qui ressemblent fort au contexte de la pratique hydrographique, l’angoisse du naufrage en plus.

Siège d’un village d’une des îles des Amis, archipel des Tonga.

Le 22 avril à l’aube, Dumont d’Urville donne enfin l’ordre du départ. Après une courte relâche à Ténériffe, l’expédition se dirigea vers l’Australie par le cap de Bonne-Espérance. Entrée dans l’océan indien, de violents coups de vent, préci- pitèrent sa route, elle parcourut plus de trois mille lieues sans toucher nulle part (1 lieue marine vaut 1/20 de degré du périmètre terrestre, soit 3 milles marins ou exactement 5,556 km). Le port du Roi-Georges sur le continent australien fut sa premières relâche. Après avoir remit à la voile, la corvette longea la côte de l’Australie jusqu’au port Jackson (Sydney), où le gouverneur anglais reçoit l’équipage avec beaucoup de gentillesse, fournissant ravitaillement et deux câbles-chaînes. C’est à partir de ce port que les grandes opérations de la campagne commencèrent. L’année 1827, dé- bute par la reconnaissance de la côte nord-ouest de la Nouvelle-Zélande, où Dumont d’Urville et ses officiers se livrent à un très gros travail d’hydrographie dans le canal qui sépare les deux terres, ensuite il explore la côte orientale de l’île jusqu’au nord. Un tracé de quatre cents lieues de côte, des baies, îles ou canaux furent le résultats de ces travaux, ils durèrent près de deux mois. Entre la Nouvelle-Zélande et les Iles des Amis (Tonga), l’Astroalbe fut durant plusieurs jours en danger de se perdre sur les récifs. La corvette navigua à travers les îles Viti durant vingt jours, malgré les périls d’un naufrage incessant, releva 120 petites îles encore inconnues. Au fur et à mesure de ses mouillages, la corvette est régulièrement accostée, ou du moins approchée par des embarcations indigènes car toute arrivée d’un navire européen provoque curiosité, méfiance ou attrait d’un commerce facile. Le nombre d’embarcations, mais aussi le genre et les ac- tivités de ceux qui les montent sont considérées car les femmes ou les pêcheurs apportent l’espoir d’un échange fruc- tueux tandis qu’une pirogue armée en guerre fait monter la tension. La première impression est souvent décisive, l’ob- servation des pirogues n’est pas neutre puisqu’elle déclenche chez l’observateur l’expression d’un jugement de valeur et d’un jugement moral sur les peuples abordés : sont-ils techniquement avancés selon les critères occidentaux ? hos- tiles ou avenants ? L’observation de la pirogue est conditionnée par les relations que peuvent nouer Européens et insu- laires. L’Astrolabe n’est pas le premier navire occidental à aborder ces îles et les indigènes agissent en fonction des expériences antérieures. Le commandant accueille fréquemment à son bord ceux qu’il identifie comme les chefs, qui deviennent de ce fait les intermédiaires privilégiés entre Français et insulaires. En juin, l’Astrolabe reprend sa route en direction des Nouvelles-Hébrides, puis met le cap sur les îles baptisées Louisiade par Bougainville (pointe sud-est de la Nouvelle-Guinée), reconnaît le cap de la délivrance et se dirige vers la Nouvelle-Bretagne, explorée fin juillet. Puis fit voile vers la Nouvelle-Guinée puis pour Amboine, où elle arriva le 25 septembre 1827. Elle ne s’arrêta que le temps nécessaire pour réparer les avaries considérables éprouvées pendant une si longue navigation. (19 mois après son départ de Toulon).

Carte détaillée de l’île du nord de la Nouvelle-Zélande, du détroit de Cook et d’une partie de l’île du sud. La carte montre le parcours de la corvette depuis son arrivée le 10 janvier 1827 sur la côte ouest de l’île du Sud, à travers la baie Tasman et le détroit de Cook et le long de la côte nord-est, avant de terminer Bay of Islands et se dirigeant vers le nord-ouest le 10 mars, dans la direction de la Polynésie française et des îles de la Société. 

Aussitôt que la corvette fut en état de reprendre la mer, elle reprit la mer le 10 octobre, l’Astrolabe contourne l’Australie par l’Est et se dirige vers la Tasmanie et vint mouiller à Hobart-Town le 20 décembre. Cette première partie de voyage conclue un succès inespéré. Plus de mille lieues de côtes avaient été soigneusement relevées, les formes et la situation de 150 îles avaient été fixées définitivement, dont une cinquantaine qui n’avaient jusque là jamais figuré sur aucune carte. Mais rien, malgré avoir sillonné dans tous les sens l’océan entre la Louisiade et la Nouvelle-Calédonie, sur le lieu où avait pu périr la Boussole et l’Astrolabe de la Pérouse, principale mission que le ministre de la marine M. De Chabrol avait assigné à l’expédition. Découragé, c’est avec grande surprise que Dumont d’Urville entendu parler à son arrivée dans la rade d’Hobart-Town des découvertes faites par un capitaine d’un navire baleinier anglais, en longeant les côtes bordées d’écueils de Vanikoro, une île située entre la Nouvelle-Calédonie et la Louisiade. Il avait aperçu, entre les mains des habitants venus à son bord, des épées sur lesquelles était gravé le mot Paris, et plusieurs pièces de monnaie frappées de l’effigie de Louis VXI, une croix de Saint-Louis pendait à l’oreille d’un des chefs. Interrogé sur l’origine de ces objets, le vieillard répondit qu’ils provenaient d’un gros bâtiment qui bien des années auparavant, avait été brisé sur les récifs. Conscient des dangers, le chef de l’expédition ne parti qu’après avoir envoyé des doubles de tous les travaux réalisés à ce jour pour la France. La corvette quitta la Tasmanie le 5 janvier 1828 et traversa une se- conde fois les 800 lieues qui le séparent de Vanikoro. Le 14 février, l’Astrolabe aborde la côte orientale de Vanikoro qu’une énorme chaîne de brisants entourent. Après six jours de recherche, elle ne put trouver qu’un étroit passage qui la conduisit dans la baie de Tevaï. Les objets qu’ils reconnurent entre les mains des méfiants naturels dissipèrent les incertitudes de l’état-major du lieu du naufrage mais où précisément s’étaient brisé les vaisseaux de la Pérouse ? Durant un certain temps, les naturels refusèrent de répondre à cette question, toutefois l’un d’eux, séduit par un morceau d’étoffe rouge, conduisit messieurs Jacquinot et Lottin accompagnés d’un petit détachement sur le lieu même du naufrage. Devant le village de Payon, Gaimard, un des officiers écrit « en examinant attentivement le fond de l’eau, nous voyons des canons , des boulets, des ancres, tout indique que nous avons sous les yeux les débris d’un des navires de La Pérouse ». Deux jours furent employés à recueillir les précieux restes et à les transporter sur la corvette. Dumont d’Urville avait achevé sa mission. Cependant il ne voulut pas quitter Vanikoro sans ériger, dans la baie de Manevai un cénotaphe en mémoire de la funeste expédition. Le 14 mars l’inauguration fut célébrée par trois décharges de mousqueterie et une salve de vingt et un coups de canon.

Cérémonie de l’inauguration du cénotaphe en mémoire au naufrage de l’expédition de La Perouse à Vanikoro.

Le plus meurtrier des périls est la maladie, sur les rivages de Vanikoro, les trois quarts de l’équipage succombe aux attaques de paludisme et de fièvre typhoïde, bientôt aggravées par la dysenterie. Le commandant lui-même en fut attaqué. Pendant que les forces de l’équipage diminuaient, l’audace des insulaires s’accroissait. Dumont d’Urville sentait qu’un séjour plus prolongé l’exposerait à des périls mortels. Le 17 mars 1828, l’Astrolabe traversa la terrible ceinture de brisants, elle s’éloigna rapidement de ce triste rivage. Le 26 mars, « il ne reste plus que MM. Gressien et Guilbert de valides dans l’état-major. Vingt-cinq hommes de l’équipage sont étendus sur les cadres, et parmi ceux qui restent debout, la moitié très-faible encore ne peut rendre presque aucun service à la manœuvre, de sorte qu’il reste à peine six ou sept hommes par quart. ». Après les îles Fidji, la corvette touche Tonga Tabou le 20 avril 1828 , mais cherchant à re- joindre un mouillage sûr, elle talonne et ne doit son salut qu’au courage de son équipage et à la réactivité de ses officiers qui maintiennent la corvette tant bien que mal à flot et à bonne distance des brisants à grand renfort d’ancres et de grelins. Laisser une trace de l’histoire et des conquêtes savantes de l’expédition est d’autant plus important que flotte sur l’Astrolabe le spectre de La Pérouse. Les témoignages graphiques sont tellement précieux que Dumont d’Urville les met à l’abri avant de songer à sauver ses hommes lorsque la corvette se trouve en grande difficulté. Alors que le commandant s’apprête à donner le signal du départ de Tonga Tabou l’équipage se trouve exposé au « péril des flèches », des insulaires, qui jusqu’à présent avaient fait le meilleur accueil à la corvette, attaquent la yole envoyée chercher du sable pour le nettoyage du pont. L’élève qui dirige le canot ainsi que les matelots sont faits prisonniers par les Tongiens. Le commandant envoie aussitôt des hommes à la poursuite des ravisseurs. L’enseigne Pâris commande l’un des canots qui doit couvrir Gressien chargé avec sa compagnie de débarquement d’incendier les villages. Dumont d’Urville prend le parti de bombarder le village sacré de Mafanga pour contraindre les chefs rebelles à rendre leurs prisonniers. Une semaine de siège est nécessaire pour obtenir satisfaction.

L’Astrolabe embossée, ouvrant le feu contre le village de Mafanga (Embosser : mouiller ou amarrer le bâtiment de l’AV et de l’AR, pour le tenir dans une direction déterminée malgré le vent ou le courant).

Tirée d’affaire, l’Astrolabe continue sa moisson hydrographique dans le sud des Nouvelles-Hébrides et dans les îles Loyauté, au nord de la Nouvelle-Calédonie, mais l’état de santé fragile de l’équipage oblige à hâter le retour. Quatorze malades débarquent à l’île Bourbon (La Réunion), la corvette fit voile le 4 aout, passe le Cap puis entre en Méditerra- née. L’arrivée le 25 aout 1829 dans le port de Marseille clôt un voyage de trente-quatre mois après avoir parcouru plus de 25 000 lieues. Le bilan est lourd : 12 décès, 14 malades débarqués, 3 déserteurs.

Le compte rendu scientifique de l’expédition, sera publié sous 22 volumes et 7 atlas, 65 cartes et plans, plus de 1200 autres dessins pittoresques, 4000 dessins d’histoire naturelle, 8 à 10 000 espèces de divers animaux de toutes classes, plus de 3000 planches anatomiques, plusieurs centaines d’échantillons de roches et jusqu’à 6600 espèces de plantes.

Sources : J. Dumont d’Urville, Voyage de l’Astrolabe (quatorze volumes, 1830-1835) – Historique sur l’amiral Dumont d’Urville : mémoire envoyé au concours ouvert par l’Académie de Caen en 1844, Rochefort, Imprimerie H. Loustan, 1846 – C.ALLARD-EVEILLE, Manuscrits et souvenirs rochellois du chirurgien navigant Jean René Constant Quoy (1790-1869) – Pierre-Adolphe LESSON, 1805-1888, chirurgien de 3e classe, Voir Claude STEFANI – Pierre-Adolphe Lesson un acteur et témoin méconnu de l’exploration du Pacifique dans la première moitié du XIXe siècle , Paris, musée national de la Marine, 2008 , E. PÂRIS – Comment on a retrouvé les restes de l’expédition de Lapérouse à Vanikoro, Dumont d’Urville par Fr. Joubert – Éloge du contre Amiral Dumont d’Urville par M. Roberge 1843 – Entre tradition et innovation : Itinéraire d’un marin EDMOND PÂRIS (1806-1893), thèse de Doctorat Histoire et civilisations de Géraldine Barron-Fortier –

Ses trois circumnavigations (1)

Ses trois circumnavigations (1)

Campagne d’exploration de la Coquille (futur Astrolabe) 1822-1825

La gabarre-écurie la Coquille construite en 1811 est remodelée et classée corvette en 1822 afin d’offrir tout le logement nécessaire à un équipage nombreux et à la grande quantité de matériel que nécessitent les travaux scientifiques aux- quels elle est destinée.

  • Commandant : lieutenant de vaisseau Louis Isidore Duperrey (1786-1865).
  • Second : lieutenant de vaisseau Jules Dumont d’Urville (1790-1842).
  • Chirurgien-major Prosper Garnot (1794-1838).
  • Médecins-naturalistes : le chirurgien et pharmacien René Primevère Lesson 1794-1849)
  • Astronome : enseigne de vaisseau Charles Hector Jacquinot (1796-1879).
  • Hydrographe : Victor Charmes Lottin (1795-1858)
  • Enseignes : Théodore de Blois de la Calande, Charles Lesage et Auguste Bérard (1796-1852)
  • Peintre : Jules-Louis Le Jeune, seul civil à bord
  1. La mode des voyages d’exploration lointains ne diminua pas en dépit des résultats souvent malheureux des expéditions précédentes. Lapérouse avait disparu sur les récifs de Vanakoro, d’Entrecasteaux était mort d’épuisement pendant le voyage, Baudin avait été témoin de la mort d’une grande partie de son équipage avant de mourir à son tour à son retour à l’Ile de France, Freycinet avait fait naufrage aux Malouines lors de son retour en France. L’organisation d’une nouvelle campagne fut donc décidée et revint au commandant en second de l’Uranie, Louis-Isi- dore Duperrey. Né en 1786, celui-ci naviguait depuis 1803, il appartenait à une lignée de marins savants et fidèles à l’esprit du siècle des Lumières et avait déjà participé à de tels voyages. Il s’agissait de renouer avec l’épopée de la Ma- rine du siècle des lumières en poursuivant les explorations et travaux entrepris par Baudin et Freycinet en les étendant aux archipels du Pacifique central, la Polynésie, la Nouvelle-Hollande [Australie], l’Archipel des Moluques, et des îles Carolines. Pour des raisons budgétaires, un seul navire fut affrété pour cette nouvelle entreprise. Duperrey choisit lui- même ses officiers, notamment son second en la personne de Dumont d’Urville. Les autres spécialistes furent à nou- veau choisis dans le corps de la marine plutôt que parmi les savants civils. D’autant plus que beaucoup de jeunes offi- ciers étaient prêts à échapper par tous les moyens à la triste condition d’une marine diminuée après le traité de Vienne et sans grands projets. Duperrey répartit les responsabilités scientifiques entre les membres de son équipage en fonction des goûts et des compétences de chacun. Dumont d’Urville, naturaliste autant que marin se réserva l’étude de la bota- niques et de l’entomologie, Garnot celle des mammifères et des oiseaux, Lesson les poissons, les mollusques, les crus- tacés et les recherches géologiques. L’équipage de 70 hommes comptait de nombreux anciens de l’Uranie donc entrai- nées aux fatigues d’un tel périple. La corvette a été doté des derniers perfectionnements de l’époque : câbles-chaînes, caisses à eau métalliques, machines à distiller l’eau de mer, conserves Appert, chronomètres Berthoud et Bréguet… L’équipage se compose de plus de cinquante-huit membres.
L’Astrolabe devant la baie de Cayeli, île Bourou dans l’archipel des Moluques.
  1. Itinéraire
    La Coquille appareilla de Toulon, le 11 août 1822. Le 22 du même mois elle mouilla sur la rade de Sainte-Croix de Ténériffe, d’où elle partit le 1er septembre faisant route pour la côte du Brésil. Dans la traversée elle prit connaissance, le 5 octobre, des petits ilots de Martin Vaz et de la Trinité, le 16, la Coquille jeta l’ancre au mouillage de l’île Sainte-Ca- therine (Sud du Brésil) , elle y séjourna jusqu’au 30. Le 18 novembre, elle atteignit le port de Louis des Malouines où l’on voit encore l’épave de l’Uranie, situé au fond de la baie des Française ou de la Soledad, d’où elle mit sous voiles le 18 septembre pour doubler le cap Horn, elle visita ensuite sur la côte occidentale d’Amérique le port de la Conception au Chili, celui du Callao au Pérou, enfin le port de Payta près de l’équateur où le 10 mars est consacré à l’observation des variations du magnétisme. La Coquille appareilla de Planta le 22 mars 1823, elle longea dans sa route l’archipel Dangereux (aux Tuamotu) et relâcha d’abord à Tahiti le 3 mai, et ensuite à Borabora qui fait également partie et la Nouvelle Irlande. Après une relâche de 9 jours, l’expédition quitta le port de Praslin, pour se rendre à Waigiou. D’où elle partit le 16 septembre. Le 23, la corvette jeta l’ancre à Cajeli (île Bourou dans les Moluques). Malgré la sévère interdiction du port de Cajeli aux bâtiments étrangers, le résident hollandais en apprenant le but scientifique du voyage de la Coquille donna toutes les facilités possibles pour ses travaux.

Il est vrai que Duperrey était muni d’une lettre du roi des Pays-Bas l’autorisant à relâcher dans tous les ports de son obédience. Malheureusement une épidémie de choléra sévissait à terre et il fallut consigner l’équipage. Duperrey pouvait écrire « Nous n’avons jamais manqué de donner un repas de pain frais par jour à l’équipage et nous ne sortons ja- mais d’un port sans avoir au moins cinq mois d’eau dans la cale… Nos collections sont magnifiques : nous avons actuellement de quoi composer un atlas très volumineux. Duperrey souligne la bonne ambiance qui règne sur la corvette

«Tous ces messieurs travaillent avec un zèle admirable et la plus belle harmonie parait inséparable de cette expédition.» Le 1er octobre, la corvette quitta Cajeli, favorisée par un bon vent, qui la conduisit jusqu’à Amboine, où elle arriva le 4. Le gouverneur général des Moluques, Monsieur Merkus, fût reçu à bord et permit tous les secours dont l’expédition avait besoin. Le 27 octobre, la corvette remit sous voiles, contourna l’Australie par l’ouest et le sud, prit connaissance de l’île du Volcan, traversa le détroit d’Ombay, longea les îles situées à l’Ouest de Timor, fit la reconnaissance de sauvé, de benjoar et quitta définitivement ces parages pour se rendre au Port-Jackson. Les vents contraires ne permirent pas à Duperrey de longer la côte occidentale de la Nouvelle-Hollande comme il en avait le projet, ce ne fut que le 10 janvier 1824 qu’il doubla la pointe méridionale de la terre de Van-Diemen (Tasmanie), le 17 la corvette était amarrée dans Sydney-Cove. En quittant Sydney le 20 mars 1824, après une relâche de deux mois qui permit explorer sans relâche les côtes voisines et la baie fameuse que les Anglais avaient nommé Botany-Bay (Baie de la Botanique), l’expédition fit voile pour la Nouvelle-Zélande, où elle aborda le 3 avril, dans la Baie des îles. Les travaux qu’elle devait y exécuter furent terminés le 17. Dans les premiers jours de mai, la corvette parcourait déjà dans tous les sens l’immense archipel des Carolines, relâcha à Oualan (Kosrea, île de Micronésie), la mousson d’Ouest l’obligea d’abandonner ces parages vers la fin de juin 1824, elle se dirigea alors sur l’extrémité nord de la Nouvelle-Guinée, fit durant sa route, la géographie d’un bon nombre d’îles peu connues ou mal placées et atteignit le hâvre de Dory, en Nouvelle- Guinée où le pharmacien Lesson étudie les paradisiers du 26 juillet au 9 août. La corvette mit de nouveau sous voiles pour se rendre, en traversantes Moluques à Java, où elle jeta l’ancre dans le port de Sourabaya, le 29 aout, en partit le 11 septembre, arriva le mois suivant à l’île de France où ses opérations la retinrent du 31 octobre au 16 novembre, elle séjourna à Bourbon du 17 au 23 du même mois et fit voile ensuite pour Sainte-Hélène. La relâche dans cette ile dura une semaine. Elle en partit le 11 janvier de l’année suivante, jeta l’ancre à l’Ascension, le 18 exécuta des observations du pendule et des phénomènes magnétiques et quitta définitivement cet établissement anglais le 27, après avoir reçu des commandants et des officiers des deux garnisons, tous les secours désirables. Le 24 avril, enfin Duperrey entra dans la rade de Marseille.

La corvette La Coquille au mouillage, vue de la Pointe Vénus, à Matavae, île de Taïti. 

D’une chance insolente, la campagne dura 31 mois et 13 jours, parcourra près de 25 000 miles, traversant sept fois la ligne équinoxiale, elle est revenue sans avoir perdu un seul homme, sans malades et sans avaries. Duperrey attribue, en grande partie, la bonne santé dont son équipage a constamment joui, à l’excellente qualité de l’eau conservée dans les caisses en fer et aussi à l’ordre qu’il avait donné d’y laisser puiser à discrétion. Quant au rare bonheur qu’a eu la Co- quille d’exécuter un si long voyage sans avaries ni dans ses mats, ni dans ses vergues, ni même dans ses voiles, s’il a dû tenir à un concours de circonstances extraordinaires, mais aussi à des marins consommés. Duperrey avait eu l’avantage de trouver à l’arsenal de Toulon en 1822, une préparation de très grande qualité, radoub et installations.

Tout n’avait pourtant pas toujours été pour le mieux au cours de cette dure campagne. Dumont d’Urville avait eu des conflits avec son commandant mais il avait fait preuve tout au long de ces années d’une extraordinaire résistance phy- sique et s’était révélé aussi infatigable que dédaigneux de la médecine et de l’hygiène navales. Ses tenues vestimen- taires, aussi négligées que peu réglementaires, choquaient beaucoup les Anglais qui avaient peine à reconnaître un offi- cier dans ce «grand hommes débraillé, sans bas, en culotte de toile percée, en veste de coutil flottante, sans cravate et coiffé d’un mauvais chapeau percé à jour».

La Coquille au Mouillage de Sandy-Bay sur l’Ile de l’Ascension. 

Tout comme les explorateurs français précédents, Duperrey s’est livré à des comparaisons entre les différents groupes ethniques du grand archipel indonésien. Il en conclut que « les Papous donnent en général l’impression d’être très paresseux et pusillanimes. Ils préfèrent la pêche aux travaux d’agriculture… Quoique intéressés, leur commerce est facile, ils n’y mettent ni ruse ni perfidie. »… Les peuples de l’arrière-pays qu’il appelle Alfours, sont au contraire cultivateurs mais « n’étant jamais visités par les étrangers, ils conservent un caractère cruel et farouche »… Très belliqueux, ils sont constamment en guerre avec les Papous comme le montrent les trophées de têtes coupées et les nombreuses cicatrices et blessures par flèches ou lances. D’autres montagnards, les Arfakis, habitant le fond de la baie de Gelwinck, sont venus à bord… « Un bâton leur traverse la cloison du nez. Ils sont noirs comme les Papous, mais ils sont plus robustes et plus décidés. Leurs pirogues, chargées d’arcs et de flèches, portaient aussi des provisions dont nous avons fait l’acquisition ». Par comparaison, les Malais « de taille moyenne, avec la peau jaune et cuivrée, sont en général bien faits et leur système musculaire est dessiné avec vigueur ; les femmes ont des formes arrondies et courtes, des mamelles volumineuses, une chevelure rude et très noire, une bouche très ouverte, des dents qui seraient très belles si elles n’étaient pas noircies et corrodées par le bétel. Le caractère des deux sexes est inflammable, irascible, porté à la vengeance et à l’artifice, bas et rampant sous le joug du plus fort, barbare et sans pitié pour leurs ennemis ou leurs esclaves… Les Océaniens remarquables par leur beauté » étaient selon lui d’origine hindoue. Quant aux habitants des Carolines, très différents des Polynésiens, il leur trouvait « le type mongolique ». Leur physionomie est très agréable, leur taille est communément moyenne, leurs formes sont bien faites et arrondies mais petites. La chevelure est très noire, la barbe ordinairement grêle et rare. Le front est étroit, les yeux manifestement obliques et les dents très belles. Leur peau est jaune citron. Les femmes sont assez blanches ; le visage est élargi transversalement, le nez un peu épaté. Il y a chez eux une certaine gravité dans le caractère »

D’immenses collections avaient été réunies, rapidement publiés, les résultats scientifiques de ce voyage remplirent 7 volumes et 4 atlas. Ses collections zoologiques (1900 échantillons) et botanique (3000 spécimens), ses relevés carto- graphiques , ses observations sur le magnétisme valurent à son état-major les éloges de l’Académie des Sciences.

On peut regretter qu’une partie des collections récoltées en Amérique du Sud et dans le Pacifique ont été perdues dans le naufrage du Castle Forbes au large du cap de bonne espérance, navire devant ramener le médecin Garnot, souffrant de dysenterie en Europe.

Sources : Voyage autour du monde exécuté sur la corvette La Coquille pendant les années 1822, 1823, 1824 et 1825 (Paris, six volumes, 1826-1830), Col Bleu n° 1396, Rapport fait à l’académie royale des sciences sur le voyage autour du monde de la corvette la coquille, le lundi 22 aout 1825. Les Français et l’Indonésie, éd. Kailash.


L’association « Astrolabe – Dumont d’Urville »

L’association « Astrolabe – Dumont d’Urville »

L’association porte le projet de la reconstruction à l’identique de l’Astrolabe, corvette du début du XIX ème siècle sur laquelle Jules Dumont d’Urville a fait plusieurs circumnavigations d’exploration scientifique dans le Pacifique Sud et en Océanie et découvre en 1 840 dans les mers australes, la terre Adélie.